Les candidatures aux sénatoriales révèlent une fissure de la majorité
Parmi les six candidatures aux sénatoriales enregistrées par la préfecture, trois sont issues du bloc de la majorité du conseil territorial, dont deux avec des remplaçants appartenant aussi au même groupe politique : celles de Annick Petrus, Valérie Damaseau avec Michel Petit et Raphaël Sanchez avec Martine Beldor.
La candidature d'Annick Petrus n'est pas une surprise puisqu'elle est la sénatrice sortante et n'avait jamais déclaré ne pas vouloir se représenter. Annick Petrus avait été élue en septembre 2020 alors qu'elle siégeait déjà au conseil territorial présidé, à l'époque, par Daniel Gibbs et dont elle faisait partie du groupe. Aujourd'hui, elle ne semble pas disposer du même soutien de la part de Louis Mussington dont elle était la numéro 2 sur sa liste aux territoriales en 2022. Le président lui aurait préféré Valérie Damaseau. Sur certaines décisions, notamment relatives, à Air Antilles, Annick Petrus avait pris ses distances et voté différemment en conseil territorial.
Conseillère territoriale et présidente de l'office de tourisme, Valérie Damaseau est arrivée dans le groupe de Louis Mussington au second tour des dernières territoriales. Elle avait quitté la Team Gibbs (avec laquelle elle avait été élue en 2017) pour mener, au premier tour, sa propre liste, Alternative. Puis, avec quatre de ses co-listiers (dont Bernadette Venthou-Dumaine), elle a rejoint le Rassemblement Saint-Martinois (RSM), devenu RSMA, «A» pour Alternative. Elle semble avoir trouvé sa place dans ce groupe puisque l'un des vice-présidents, Michel Petit, a accepté d'être son remplaçant. Sur sa page Facebook, Valérie Damaseau remercie aussi «sincèrement le président Louis Mussington, ainsi que la majorité territoriale RSMA, pour leur confiance et leur soutien».
En d'autres termes, elle est – du moins laisse comprendre qu'elle est – la candidate supportée par Louis Mussington et la majorité. Majorité toutefois amputée d'au moins Annick Petrus, Raphaël Sanchez et Martine Beldor. Soit la formulation est mal choisie, soit Annick Petrus, Raphaël Sanchez et Martine Beldor ne font plus partie, officieusement, de la majorité.
Selon une autre élue RSMA, la déclaration de Valérie Damaseau ne traduit pas «la réalité». «Si le président Louis Mussington a choisi d’apporter son soutien à cette candidature, ainsi que certains élus de la majorité, ce soutien n’est ni unanime ni le fruit d’une décision collective de l’ensemble des élus de la majorité», écrit sur les réseaux sociaux Valérie Fonrose. Et d'affirmer n'avoir «jamais considéré ni déclaré que [Valérie Damaseau] était [sa] candidate».
Valérie Fonrose «respecte naturellement le choix de chacun, mais ne souhaite pas que des positions individuelles ou celles de certains élus soient présentées comme une position collective de toute la majorité». «Cette mise au point n’exprime aucunement mon choix personnel pour les élections sénatoriales. Elle vise simplement à rétablir une réalité politique et à éviter toute confusion», assure-t-elle.
Raphaël Sanchez qui était en cinquième position sur la liste RSMA, et à qui Louis Mussington a confié d'importantes responsabilités (présidence de l'EEASM et la Mission locale), semble aussi se distinguer. Depuis plusieurs mois, il a exprimé des points de vue différents et certaines critiques à l'égard du président, notamment au sujet de l'établissement de l'eau et de l'assainissement. Il se présente aux sénatoriales «sans étiquette politique».
Enfin, une autre conseillère territoriale, Bernadette Venthou-Dumaine, se présente. Elle est issue des listes Alternative et RSMA. Elle a déposé sa candidature et indiqué par la même avoir démissionné du groupe RSMA. Louis Mussington a accepté sa démission après l'avoir, dans un premier temps, refusée.
Déroulement de l'élection
L'élection aura lieu le dimanche 27 septembre et seuls les membres du conseil territorial ainsi que le député et la sénatrice voteront ; ces deux derniers étant aussi conseillers territoriaux, ils voteront en leur qualité de parlementaire et seront représentés par une autre personne en tant que membre du conseil territorial. Le nombre d'électeurs est donc de 25.
Pour être élu au premier tour, le candidat doit avoir la majorité absolue, c'est-à-dire plus de la moitié des voix, soit 13 à Saint-Martin. Si ce n'est pas le cas, un second tour est organisé et le candidat ayant le plus de voix, est élu.
Le candidat ayant le plus d'affinités avec le président et sa majorité, concentre le plus de chances de gagner. Dans le contexte actuel, la majorité est composée de 15 conseillers. Le réservoir de voix de la majorité est même porté à 17 si l'on inclut les représentants du député et de la sénatrice. Sauf que Raphaël Sanchez, Martine Beldor n'apporteront de toute évidence pas leur voix à Valérie Damaseau. De même qu'Annick Petrus et sa représentante. Le réservoir tombe ainsi à 13. Dans l'hypothèse où ces 13 autres électeurs de la majorité soutiennent la candidate RSMA, celle-ci pourra l'emporter au premier tour.
En 2020, Annick Petrus, pourtant unique candidate issue de la majorité et soutenue par son président, n'avait pas fait l'unanimité au sein de la Team Gibbs. Elle n'avait récolté que 10 voix sur les 18 du groupe au premier tour. Au second tour, elle avait récolté au total 15 voix.
En 2014, Guillaume Arnell, le candidat de la majorité, n'avait pas non plus obtenu la majorité des voix au premier tour, il avait eu 7 voix, de même que Hary Gros-Desormeaux. Au second tour, il l'avait emporté avec 11 voix.
Seul Louis-Constant Fleming en 2008 avait remporté cette élection dès le premier tour avec 70,83 des suffrages (17 voix).
(photo : conseil territorial après son élection en mars 2022)















